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Musique

Bashung est mort

Hommage à un grand artiste disparu il y a 10 ans...

 

Aujourd’hui Bashung est mort. Ou peut-être hier. Je ne sais plus.

 

La nuit a été épouvantablement menteuse. Cette nuit, un résident de la République a disparu des radars. D’ici à Ostende, à perte de vue, un apiculteur s’est noyé dans ses volutes. Et moi, je malaxe nerveusement un Xanax du bout de mes doigts. J’ôte mes bijoux et plonge mes mains dans l’eau saumâtre d’un lavabo. Au loin, vibrent les notes d’un tango funèbre. Et pourtant, il se disait immortel, et je l’ai cru, rêvant avec lui des plages de Montevideo.

 

Dans ce monde, les dames rêvent d’un étrange été lorsqu’une légère éclaircie permet une fantaisie militaire. De la fenêtre, on les voit bomber le torse, bomber le torse les volontaires. Au réveil, il me demandait narquois : « je t’ai manqué ? » et me promettait des dimanches à Tchernobyl, quel imbécile ! Et rajoutait : « ose Joséphine, ose tes rêves, ose rêver ».

 

 

Après tant de nuits à l’écouter, à le regarder dormir, à le voir souffrir, puis reconstruire sa vie comme un légo qui ne retrouve plus sa place. Sa vie, cette petite entreprise rafistolée au chatterton. Sa vie à passer pour une caravane et à murmurer des mots bleus et des roses aussi, à écumer des vertiges amoureux. Parfois, il m’appelait Suzanne ou Gaby, d’autres encore Soie, Bijou et même Samuel, une fois. « Les petits enfants aiment les grands voyages », disait-il jusqu’à ce jour où il n’a plus rien dit. Je savais qu’aucun express ne l’emporterait, qu’aucun Valhalla n’aurait la bonne envergure pour l’amener où il est désormais.

 


Après ma nuit de garde, j’ai regardé les gouttes de pluie dégouliner comme une danse sur la vitre du bus qui me ramenait dans ma banlieue. Mon regard toujours sur la ligne blanche. J’ai tourné doucement la clef dans la serrure, posé mes affaires, enlevé mes chaussures. Dans la salle de bain, j’ai brossé mes dents, mais n’ai pas allumé la radio. Je savais trop bien ce qu’on allait dire. Alors, au lieu d’aller me coucher, j’ai fouillé dans le tiroir de la cuisine à la recherche d‘un vieux paquet de cigarettes, un de ceux où ne figurent pas d’horribles images d’organes malades et j’ai fumé pour oublier tous ceux qui boivent et j’ai envoyé la fumée sur un poster de lui en me disant que je mangerai bien un peu de tarte aux pommes, avec juste un petit verre de rhum, j’ai fini par m’endormir la tête entre les mains.

 


Ce matin, un petit café, pas de cigarette. J’ai allumé la radio et sa voix a fait couler des larmes sur mes joues. Elles ont coulé comme jamais. Comme elles n’avaient pas pu couler cette autre nuit, c’était hier, c’était il y a dix ans. Je ne sais plus. La nuit où j’ai fermé ses beaux yeux bruns bordés de cils presque féminins. Depuis, j’oublie. J’oublie son corps décharné sur ce lit médicalisé et les sourires qu’il m’offrait chaque matin comme pour me rassurer.

 


Aujourd’hui Bashung est mort, ou peut-être hier ou il y a dix ans, je ne sais plus. La radio raconte toujours les mêmes choses et la nuit est toujours aussi menteuse.

 

                                                                                                                                                   Faby

 

 

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