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Le cinéma de James Ivory

A la découverte d'un cinéaste légendaire...

 

Si James Ivory a réalisé 29 longs métrages, c’est une poignée d’entre eux qui va durablement imprimer les mémoires, au carrefour des années 80 et 90.

La cinémathèque de Paris s’apprête à rendre hommage au réalisateur dans une rétrospective évènement (1).

 

 

Marqué par le genre du period drama ou film en costume / film d’époque, Ivory passe pour britannique alors qu’il est bel et bien né aux États-Unis (1928). La confusion vient de la spécialité qu’il s’est fait d’adapter nombre d’auteurs classiques britanniques ou associés.

Mais James Ivory, c’est en fait l’histoire d’un trio. Avec Ismail Merchant (1936-2005), dont il est le compagnon à la ville, il fonde en 1961 Merchant-Ivory Productions

 

 

Ensemble, ils produisent Le propriétaire (1963), adapté d’un roman de Ruth Prawer Jhabvala (1927-2013), allemande avant d’être naturalisée britannique. Merchant est indien, et Jhabvala en épouse un, Cyrus H. Jhabvala, qu’elle suit dans son pays d’origine (1951). Le premier roman de l’écrivaine sera inspiré du quotidien dont elle sera l’observatrice. Dès lors, Ivory filmera, Merchant produira et Jhabvala écrira / adaptera.

Sous l’impulsion de ce premier long, trois autres seront produits par le trio jusqu’en 1970, constituant la période « indienne » de James Ivory. Cet arrière-plan culturel ne reviendra plus que ponctuellement dans leur filmographie, et disparaîtra définitivement quand ils réadapteront une dernière fois Jhabvala avec Chaleur et poussière (1983). 

 

Les européens (1979) constitue plusieurs premières fois. Premier vrai film en costumes du trio (au sens d’une action qui se passe avant 1914), et première adaptation d’Henry James

Henry James (1843-1916) naît américain avant de se faire naturaliser britannique. A la tête d’une œuvre prolifique où il explore les abysses de l’âme humaine, questionne les choix souvent mauvais de ses personnages, et anime les jeux de pouvoir et de domination entre eux, James ne cessera de mettre en scène les correspondances et fossés qui séparent nouveau monde et vieux continent. On pense notamment à Isabel Archer dans Portrait de femme (1881), jeune américaine rendue riche héritière par un oncle installé en Angleterre. Effectuant son Grand Tour (2) en Europe, elle inspirera une série de prétendants, avant de jeter son dévolu sur un compatriote despotique installé en Italie. De ce roman, la réalisatrice Jane Campion a tiré un chef d’oeuvre en 1996, juste après sa Leçon de piano (1992).

Henry James sera de nouveau porté à l’écran par Merchant-Ivory, d’abord avec Les bostoniennes (1984), puis La coupe d’or (2000).

 

Par trois fois et à égalité avec James, le trio s’emparera de Edward Morgan Forster (1879-1970). Forster est un écrivain britannique qui, au contraire de James, a très peu produit. De nombreux essais et nouvelles mais seulement sept romans, dont un posthume et un posthume inachevé. Si James interrogeait les différences et incompréhensions culturelles par delà les continents, Forster fait de même avec les classes britanniques et les différences sociales. Homosexuel, il fut l’un des membres du Bloomsbury group, incarné par la figure de l’écrivaine Virginia Woolf (1882-1941), et réunissant au début du XXe siècle nombre d’artistes et penseurs britanniques, hommes et femmes, hétéro comme homosexuels, polémistes et controversistes.

Ivory adapte deux romans de Forster coup sur coup : Chambre avec vue (1986) et Maurice (1987). Le premier remporte l’Oscar du meilleur scénario adapté, le second celui du Lion d’argent à la mostra de Venise. Par ces deux films, Ivory touche enfin le très grand public et devient l’incarnation, détestée ou adulée, d’un adaptateur académique de classiques à redingotes et corsets.

Après deux films qui se cherchent et se singularisent dans la filmographie du trio, c’est en 1991 que l’inspiration et la réussite reviennent avec la troisième adaptation de Forster : Retour à Howards End.

 

Kazuo Ishiguro (né en 1954) est un écrivain britannique d’origine japonaise. Il obtient le prix Nobel de littérature en 2017, et le Booker Prize (3) en 1989 pour Les vestiges du jour. L’adaptation qu’en fait Ivory en 1993 met en scène Emma Thompson et Anthony Hopkins, le même couple d’acteurs que dans Retour à Howards End, réalisé  immédiatement avant. Figurant deux employés de maison dans un manoir anglais en pleine montée du nazisme, ils incarnent parfaitement la dévotion et le sacrifice de ce petit personnel aux vies frustrées et silencieuses.

A ce jour seul survivant du trio, James Ivory a aujourd’hui 91 ans. Si sa filmographie n’a, par la suite, jamais su retrouver ni la qualité, ni les faveurs du public, il resurgit au devant de la scène en 2018, en gagnant l’Oscar du meilleur scénario adapté pour le film Call me by your name.

 
 
Nous vous invitons à venir découvrir ou redécouvrir à la médiathèque Châtellerault-Centre, les films Chambre avec vue, Retour à Howards End et Les vestiges du jour, ainsi qu’une série de livres ayant inspiré le réalisateur.
 
                                                                                                                                                                                         Romain
 
 
 
(2) Expression française utilisée par les anglais, pour parler du voyage initiatique des jeunes gens essentiellement britanniques et issus des meilleures sociétés, aux XVIIIe et XIXe siècles.
 
(3) Un des prix littéraires les plus importants du monde anglo-saxon
 
 
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